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Francois Barriere on Réponse/Reposante:

"Lorsque Erik Mikael Karlsson vint à Bourges pour y réaliser " Réponse-reposante ", il me parla de son projet en évoquant la peinture de Brueghel, " les chasseurs dans la neige ". Il ajouta immédiatement que cela n'était juste qu'une première source d'inspiration et que la pièce ne serait pas de type anecdotique. Il n'avait pas encore probablement une idée très précise de la construction formelle, sauf que contrairement à certaines de ses précédentes compositions, il voulait lui donner un caractère abstrait, et n'y mettre aucune allusion autobiographique. Il est vraisemblable que l'évocation du tableau l'avait seulement guidé dans le choix des sons de base , sons qui, bien que volontairement " ascétiques ", demeuraient emprunts d'impression de neige, de froid, de sombre, de bruité.

Chaque fois que je l'écoute, j'entre dans Réponse-reposante comme dans un monde secret, un monde étrange et autre qui prend vie à l'intŽrieur de soi lorsque les yeux sont clos.

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C'est un monde immense et dense, profond, sombre et ouaté, où soufflent et respirent des êtres sonores mouvants, où formes et matières, palpables ou dilatées, surgissent de nul part pour se dissoudre lentement.

At the end of the 1980s and the beginning of the 1990s he took an active role in the Fylkingen Society for New Music and Intermedia Art in Stockholm, as a member of the board of directors and as a member of the program-committee. Between 1990 and 1996 he was a member of the executive committee at EMS in Stockholm. Since 1995 he has been teaching composition at EMS in Stockholm. In 1992 he was awarded a grant from the DAAD Berliner Künstlerprogramm which entitled him to work during 1992-93 at the Electronic studio at the Technisches Universität in Berlin.

Dans ce monde étrange et doux, nuit grave et profonde semée d'étoiles en gerbes qui crissent de mille plaintes aigües , se mirent des êtres jeunes et vibratiles, concrets et éphémères, en apparence légers et gais. Pourtant, de bout en bout, dans ses longues courbes sonores ponctuées de cris et de motifs jaillis, la musique secrète subtilement des sensations insaisissables mêlant nostalgie, sombre pressentiment, renoncement. Dans Réponse-reposante, j'entends comme un ruissellement de l'âme infini.

Le temps s'emplit de vide où grondent des masses menaçantes, où scintillent des grappes de sons lumineux. Par moments soudains éclatent et se profilent des objets tranchants et mystérieux, aux racines graves et aux extrémités agitées, parfois grains de matière concentrée, parfois comètes noires et phosphorescentes, ou pluies sèches et craquelantes. Toujours fragiles et éphémères, ils flottent quelques instants dans l'espace, y tourbillonnent, se croisent, se décroisent pour enfin lentement basculer dans la ligne rouge de l'horizon.

Un sentiment constant de mouvement et de progression dans l'univers musical ainsi créé demeure présent au long de la pièce. Pourtant, vers la fin, les sons s'espacent, un silence se fait, d'où surgit une pulsation régulière, palpitante, dramatique. Alors des trames sombres se déploient et des pléiades de vibrations aigües passent et crissent. Le monde s'emplit de résonances harmoniques et douces. A la fin du voyage, le temps s'est effacé ; au cœur de ce monde, que la nostalgie respire, elle qui l'a figé."